Le déclenchement du mouvement
En mars 2026, la direction régionale a annoncé un plan de restructuration (une « réorganisation » dans la novlangue postale) du centre de tri de Bagnères-de-Bigorre : suppression de 4 à 5 tournées et suppression de 6 postes, soit un tiers des effectifs, mise en place prévue pour le 2 juin. Les factrices et les facteurs ont aussitôt proposé un plan d’organisation alternatif, balayé d’un revers de main par la direction qui le qualifie d’« irréaliste et romantique ». En avril, les factrices et les facteurs ont commencé à faire monter la pression en prenant contact avec les élu·es de la région, en faisant voter des motions de soutien par les conseils municipaux et en faisant signer des pétitions à la population.
La grève a débuté le 26 mai devant le centre départemental de tri de Tarbes-Bastillac. Le mouvement est suivi par près de la moitié des facteurs et factrices en CDI dans le département, ainsi que par la totalité des effectifs du centre de Bagnères-de-Bigorre. Les délégués du syndicat majoritaire (CGT) cèdent aux pressions de la direction et signent un compromis largement rejeté par la base. La plupart des facteurs et factrices reprennent le travail, sauf les dix grévistes de Bagnères-de-Bigorre, qui s’en retournent vers leur centre pour poursuivre le combat.
La grève à Bagnères-de-Bigorre
« La méthode CNT » fait désormais des adeptes : piquets de grève sauvages au milieu des passants avec pancartes improvisées, crêpes solidaires et caisses de soutien, déambulations sur les marchés, interpellation des élu·es dans leurs permanences, convergence avec la population et d’autres organisations (bien sûr le syndicat CNT Interpro 65, mais aussi comité local des Soulèvements de la Terre, Confédération paysanne, NPA, même quelques LFI...).
Face à cette mobilisation et face à la perspective d’un durcissement du mouvement (la population était appelée à bloquer les camions de courrier et colis devant la Poste), la direction finit par céder le 8 juin ! La réorganisation se fera selon le plan décidé par les factrices et facteurs : seulement 2 tournées supprimées au lieu des 4 à 5 prévues, mise en place décalée à mi-septembre, garantie d’embauches en CDI, etc.
Rien de bien révolutionnaire évidemment, il s’agit de lutte défensive… Mais la preuve est faite qu’il est possible de faire plier la direction, aussi féroce soit-elle ! Le protocole arraché va circuler dans les autres centres du département pour les inciter à suivre l’exemple et repartir en grève sur des préavis locaux. Le mouvement a permis de créer un solide esprit de groupe sur le bureau de Bagnères-de-Bigorre, ce qui n’était pas arrivé depuis une quinzaine d’années à en croire les anciens : cela facilitera la remobilisation lors des prochaines luttes, voire cela permettra de passer de la lutte défensive à l’offensive !
Caisse de grève
12 jours de grève pour 10 grévistes, cela représente environ 6000 euros ! La solidarité joue à plein au sein de la CNT, les soutiens arrivent d’un peu partout : des syndicats départementaux de la CNT (CNT65 mais aussi CNT-2ESR13, STAF29, CNT30, CNT31, CNT- ESS34, CNT49, CNT59-62, CNT73-74 et SSE73-74, CNT-PTT75, CNT-STE75, CNT-STE93, CNT94…), des Unions régionales (UR Midi- Pyrénées, UR Languedoc-Roussillon), de la Fédération CNT-PTT et bien sûr de la trésorerie confédérale. SUD-PTT et la CGT ont également promis de contribuer à la caisse de grève… Les grévistes ont aussi récolté 900 euros sur les piquets et les marchés, preuve s’il en fallait de la solidarité qu’inspire la lutte pour le maintien des services publics. Si vous pouvez soutenir les camarades, n’hésitez pas à contacter le syndicat CNT65 (cnt65@cnt-f.org).